La vieille dans les rouages de Hélène Mercier

Ils sont si nombreux. Et ils passent si vite. Mais si, vous savez, passer. Pas question que je m’attache. Comme seule leur voix me reste, je suis sûre de ne plus l’entendre, de ne pas avoir à me souvenir. »

Chronique de l’obsolescence programmée de la machine humaine.

L’ancien n’est pas fait pour durer. Le vieux doit faire place au neuf, la vieillesse doit laisser place à la jeunesse. Tout n’est que cycle et révolution. Placée en EHPAD par ses enfants, Philomène fuit pour retrouver son ancien appartement qui doit être détruit au profit d’un complexe moderne.

Voilà un pitch accrocheur !

En ouvrant cette nouvelle d’Hélène Mercier, je m’attendais à lire une critique du délaissement de nos anciens, mais aussi des pouvoirs publics. Sur ce point, le défi est relevé. L’auteur traite effectivement du placement des séniors en EHPAD, des sentiments de nos grands-parents, parents qui, du jour au lendemain, quittent leurs maisons et appartements pour rejoindre des lieux qu’ils considèrent, eux, comme étant des mouroirs. Mais, nous, les jeunes, en avons nous une vision différente ? Voilà une question intéressante que l’auteur traite habilement. Elle nous parle aussi des soignants et de leur vision de leur travail, du rapport qu’ils entretiennent avec leurs petits vieux. S’émouvoir mais pas trop, s’attacher mais pas trop. Trouver le juste équilibre pour exercer leur métier.

Sur l’aspect du manque d’humanité des pouvoirs publics, là encore le défi est relevé. Les politiques municipales, les parades séductrices des élus, plus occupés à entretenir leur image qu’à s’inquiéter du bien de leurs concitoyens. Un instantané que j’ai trouvé juste et bien amené.

Au delà de mes attentes, Hélène Mercier évoque également l’attachement à la pierre, ces lieux chargés de souvenirs que l’on peine à quitter. Elle nous parle de la course au sensationnalisme, que ce soit dans les médias ou chez les citoyens lambdas prêts à dégainer leurs téléphones pour enregistrer la moindre scène sortant de l’ordinaire, le tout sans s’inquiéter véritablement du sort de la personne dont l’image est capturée.

Regarde-les. […] . Tous avec leur smartphone, leur pitié et leur mépris. […] Tu voudrais, toi, être majeur et vacciné et adulte-responsable et avoir posé ta journée pour pouvoir lever le nez et prendre l’air concerné et dire « j’y étais » ? Je préfère rester perché que de devenir un adulte comme ça.

Les sujets sont traités sous un prisme intéressant et dans une construction originale. Malheureusement, ce choix narratif m’a déstabilisé. Je ne dévoilerai rien de la structure de la nouvelle, dans la mesure où je préfère vous laisser la découvrir puisque assez peu utilisée sous cette forme (même si vous pourriez y trouver des ressemblances avec un autre procédé) . Le style, très journalistique, n’est pas pour me déplaire habituellement, mais ici, l’aspect trop « oralisé » de la narration m’a parfois dérangé.

Une lecture dont je ressors un peu mitigée sans toutefois être vraiment déçue. Je retiens surtout, en fin de lecture, les émotions que l’on devine entre les lignes et le personnage de Philomène qui m’a émue par sa vision des évènements qui l’entourent et a secoué mon petit cœur Chamallow par ses mots.

La vieille dans les rouages, de Hélène Mercier, paru le 18 février 2019 chez Sema éditions.

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