Aya de Marie-Virginie Dru

Penser à chat perché pour ne pas entendre les râles puissants et incessants. Elle reconnait l’intérieur de sa peau, de sa chair, de ses veines qui battent au rythme de son pouls. Les secondes, les minutes, les heures… prendre son âme à son cou et fuir. Sa tête se vide à mesure que son corps se remplit de ce liquide indécent. « Je vous salue Marie pleine de grâce », se répète Aya comme un mantra rédempteur. Et soudain tout s’arrête. Le ciel, les larmes englouties dans le silence. »

Chronique d’un coup de cœur plein de tendresse

Aya a douze ans. Elle vit sur une petite île au large du Sénégal. Elle sait que les morts sont tout autour de nous, parce qu’en Casamance, on dit qu’on ne meurt pas pour de vrai. « La mort c’est l’autre côté de la vie ». Aya a un ami très cher, Ousmane. Mais Aya a aussi un oncle. Et si elle reste trop près de lui… Alors Aya quitte son île pour Dakar. Un voyage qui fera d’elle une femme libre. Libre de vivre SA vie. Libre d’aimer.

Au fil de la plume naïve, tendre, poétique de Marie-Virginie Dru, j’ai découvert une Afrique forte et fragile à la fois. Une Afrique qui n’a que faire de nos considérations occidentales. Une Afrique qui vie au rythme de ses croyances. Une lecture qui m’a transportée… Le souffle du vent chaud, l’odeur des épices, les boubous colorés… Une vie difficile mais où le rire est la plus grande richesse. Une Afrique, personnage à part entière de ce roman qui m’a touchée en plein cœur.

Si le continent du berceau de l’humanité et plus particulièrement le Sénégal sont des personnages centraux de ce premier roman de Marie-Virginie, elle nous offre, comme un cadeau, Aya. Petite fille aux paroles naïves, innocentes, qui malgré ce qu’elle a vécu, n’a rien perdu de son innocence, jusqu’au jour où…

Aya, si forte et si fragile. Aya touchante. Aya battante. Aya libre… Une petite fille devenue femme trop vite. Un personnage qui me poursuivra longtemps. Aya pour qui j’ai ressenti une tendresse profonde et une grande admiration.

Ce roman c’est aussi inceste et pédophilie. La pédophilie comme un acte d’amour. Oui je sais, ces propos vont vous choquer, mais pour beaucoup de pédophiles, comme l’oncle d’Aya, outre la pulsion sexuelle déviante, il y a l’amour. Une abomination pour nous, mais un aspect que décrit parfaitement bien l’auteur de ce sublime roman.

Ce roman c’est l’amour fraternel. C’est l’Amour tout simplement. Ce roman c’est… C’est tout ce que j’aime en littérature blanche. Des personnages qui vous percutent de plein fouet, des thèmes profonds, des émotions comme des tsunamis auxquels il est impossible d’échapper.

Enfin, ce roman c’est la force de choisir sa vie, son destin. Faire fi des attentes des uns et des autres et choisir la vie à la survie. C’est choisir de mener sa barque pour ne pas subir. C’est faire de nos expériences une force pour se transcender. C’est la résilience.

Il suffit de presque rien. Pour changer de direction, sortir les voiles et suivre le souffle du vent. Pour ne pas se laisser aller à la dérive des sentiments. Cette nuit-là, où la lune éclaire sa chambre, Aya écoute la petite voix qui s’échappe de ses désordres. Elle doit partir d’ici pour accomplir ce qu’elle ne doit pas rater. Dans sa détermination, il y a de la résignation.

Aya n’est pas que l’Afrique, la résilience, les choix, la prise en main de son destin. Aya ce n’est pas que l’histoire de cette petite fille que vous n’oublierez jamais. Aya c’est aussi un roman à portée initiatique qui, loin des aspects philosophiques d’autres œuvres, ouvrira vos yeux et votre cœur… Un roman qui vient de rejoindre les incontournables de ma bibliothèque.

Aya de Marie-Virginie Dru, paru le mai 2019 aux éditions Albin Michel.

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