Surface de Olivier Norek

L’enfer reste toujours le regard que les autres portent sur nous. Comme un jugement. Le regard qui nous examine, celui qui nous empêche d’oser, celui qui nous freine, celui qui nous peine, celui qui nous fait nous aimer ou nous détester.

Chronique contradictoire

Noémie Chastain est flic. Un métier qu’elle aime au-delà de tout. Une vie de flic entre boulot et vie privée, mais surtout le boulot. Un groupe qui est comme sa famille. Une intervention. Une minute. La vie de Noémie bascule. Le visage arraché par un tir, elle va devoir se reconstruire. Mais l’administration peut-elle encore lui faire confiance? Exil forcé en Province. Noémie saura-t-elle remonter à la surface?

Alors me voilà très embêtée, et c’est une chronique contradictoire que je vais vous livrer. Avec ce cinquième roman, Olivier Norek change une fois encore de registre. Après la trilogie Coste très flic et punchy, après un Entre deux mondes engagé, il nous revient avec un roman grand public et un poil trop commercial à mon goût. Mais, (je vous ai dit que j’allais être contradictoire), il y a beaucoup de choses qui m’ont touchées dans ce roman et au final, c’est plus l’intrigue en elle-même qui ne m’a pas convaincue et je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé.

Je vais donc passer rapidement sur ce qui m’a dérangé. L’intrigue. Après avoir lu la trilogie et ses intrigues particulièrement pêchues, Surface m’est apparu trop « enrobé », trop lisse. Les multiples rebondissements m’ont laissé un goût étrange, difficile à définir. Pas de « wahou » pour l’aspect enquête qui souffre de quelques manques. Élément essentiel de la deuxième partie, ça a été pour moi le point noir. Sa structure ne m’a pas emportée. Pour autant, le roman se lit très bien et je ne me suis pas ennuyée. Mais pas de grande surprise ni l’aspect percutant des flics de la trilogie Coste. Alors ok, ce n’est pas le 93 ni l’équipe de Coste. Mais il m’a vraiment manqué ce qui faisait, jusqu’alors, la différence dans les romans d’Olivier: le côté réaliste. Ce qui faisait qu’à la lecture, je me sentais à ma place au milieu de cette équipe. Déformation professionnelle peut-être. Nos vécus font aussi que nous appréhendons différemment nos lectures.

Toutefois, comme je vous le disais plus haut, il y a des éléments qui m’ont beaucoup touchée dans ce roman.

« C’est bien souvent en allant au fond de soi qu’on refait surface » (Jérôme Touzalin). Et c’est bien ce qu’Olivier démontre au travers du personnage de Noémie. Comment refaire surface après un traumatisme, qu’il soit physique et/ou psychique? Comment se reconstruire quand vous avez été atteint dans votre image? Comment supporter le regard des autres? Comment reprendre le goût à la vie et ne pas juste survivre. Si Olivier s’est inspiré de l’histoire vraie d’une collègue pour brosser le personnage de Noémie et qu’en cela il lui rend un bel hommage, chaque personne qui doit vivre avec des cicatrices lourdes, visibles, peut se retrouver dans ce qu’elle décrit.

Ce travail de reconstruction de soi est est largement développé dans le roman. Avec ce personnage oui, mais pas uniquement. D’autres protagonistes servent de vecteur à ce message. Un sujet qui me touche particulièrement. Les mots qu’a employé Olivier ont eu une résonance particulière pour avoir eu le même type de pensées.

Surface n’aborde pas uniquement l’aspect psychologique d’une reconstruction. Surface fait aussi écho à ce que l’on voit en surface, aux secrets, aux mensonges, au vernis lisse dont on recouvre certaines aspérités. Et sur ce point, il y a un véritable travail de fond.

Je vous disais que nos ressentis étaient liés pour beaucoup à nos vécus et je pense que c’est réellement ce qui fait que mes sentiments sont complètement dissonants sur ce roman. La première partie m’a emballée, la seconde m’a laissée dubitative.

Enfin, il y a un autre hommage que je ne pouvais pas ne pas relever, celui qu’Olivier rend à Amandine, membre de la Brigade Fluviale, décédée en service. Merci…

Surface marque un peu plus le tournant entamé par Olivier Norek. Exit le côté très réaliste des flics de PJ. Il livre ici un roman qui touchera un public plus large. Un vrai travail de fond autour du titre du livre mais aussi sur l’aspect psychologique de la reconstruction. Toutefois, l’intrigue ne m’a pas convaincue et c’est ce qui rend cette chronique si contrastée.

Surface de Olivier Norek paru le 11 avril 2019 aux éditions Michel Lafon

7 Replies to “Surface de Olivier Norek”

  1. Coucou, alors pour une critique mitigée, elle est drôlement bien tournée. bravo. Comme j’aime beaucoup le style de plume d’Olivier et que je me suis offert le livre, j’en donnerais bientôt mon point de vue.
    Elle est très personnelle et très profonde. Manoue

    1. J’ai trouvé des incohérences dans l’intrigue, dont je te parlerai à Rosny. Noémie m’a moins touchée sur la seconde partie mais effectivement elle a généré beaucoup d’émotions chez moi aussi.

  2. Personnellement, j’ai vraiment adoré, je me suis laissée portée par les mots de Norek, sans trop être attentive aux éventuelles incohérences. Je dois dire (et certains en font un reproche à l’auteur, moi pas) que j’ai l’impression que, comme dans entre deux mondes, l’enquête ne sert que de prétexte à conter l’histoire humaine derrière. Et comme toi, cette partie m’a tellement plu que le reste a coulé tout seul…

  3. Oui Olivier a entamé un nouveau tournant dans sa vie d’écrivain.
    Il s’adresse là à un plus grand public, c’est certain.
    Les fans de la première heure dont je suis, le suivront c’est sur.
    Mais comme toi, je suis restée un peu sur ma faim quand à l’intrigue. Peut-être trop de retournements…je ne saurai dire.
    Tout la partie psychologique est parfaitement mené par mister Norek.
    Quel personnage il nous a présenté là !
    Mais bon comme toi il y a quelques éléments qui m’ont chagrinée, je ne peux dire lesquels ici par peur de spoiler quelque peu l’histoire.
    Histoire que j’ai lu avec grand plaisir, car Olivier est un formidable conteur, et sa plume reste fluide.
    Voilà, un très bon bouquin mais pas un coup de coeur.

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