Dans la brume écarlate de Nicolas Lebel

Alors Merlicht rangea sa clope en soupirant. On lui avait défendu de fumer sur terre, sous terre, et maintenant sur l’eau. Le monde, depuis quelques années, prenait un virage despotique terrifiant, abrogeait les libertés, multipliait les interdits. Une morale tyrannique et bécasse s’était installée, qui prônait le politiquement correct, le bio, l’écriture inclusive, la bienveillance, la vapoteuse à la barbe à papa, et bannissait l’opinion et le second degré. Il était aujourd’hui proscrit de se faire plaisir en buvant un verre, en fumant une clope et en insultant les cons. Pauvre monde! Pauvres cons!

Chronique d’un orgasme littéraire

Alors que Paris est envahie par la brume, Lucie, étudiante, disparaît en rentrant de soirée. Le Capitaine Merlicht et son équipe s’engagent alors dans une course contre la montre pour retrouver le monstre qui sème des cadavres, exsangues, comme le Petit Poucet semait ses cailloux…

Par où commencer cette chronique?… Je vous avoue qu’il va être difficile de faire court après un tel orgasme littéraire. Dans la brume écarlate vient de me laisser groggy , un sourire béat sur le visage et envahie par une douce chaleur liée aux endorphines. Vous savez, cette hormone dite du plaisir. Certains l’ont en courant, d’autres en… (chuuut). Moi ce soir, c’est Nicolas Lebel qui vient de m’en filer une dose, et une sacrée dose!

Pour ne rien vous cacher, si j’aime beaucoup l’écriture de Nicolas, Merlicht et moi n’étions pas copains jusqu’à ce jour. Il me rappelait trop mon Capitaine, à l’époque où je bossais à la Crim dans la Capitale des Flandres. Mais avec ce cinquième opus des aventures de la face de grenouille, Nicolas a réussi à nous réconcilier. J’ai découvert un Merlicht plus humain, plus touchant que dans les opus précédents. Un Merlicht avec un « je ne sais quoi » qui a su me toucher, le rendre moins exécrable et même attachant à mes yeux (par pitié si vous êtes fans de Kermit ne me flagellez pas!).

Outre notre Capitaine au look de Columbo, j’ai retrouvé avec plaisir Latour et Dossantos. Tout comme Merlicht, ces deux là se révèlent un peu plus encore, et particulièrement Dossantos qui a pris davantage d’épaisseur et dévoile un peu plus certains aspects de sa personnalité de justicier.

Côté écriture, c’est un nouveau sans faute. Si vous avez lu du Lebel, vous avez déjà pu constater qu’il y avait un sacré « level » dans le style… Une plume littéraire, qui vous force à jeter deux/trois coups d’œil chez notre ami le petit Robert. Si vous n’avez jamais tenté l’expérience, vous aurez le plaisir de vous délecter de son style unique et reconnaissable entre tous. Même en cachant la couverture et le nom du créateur, il est impossible de se tromper. Notre auteur roux préféré à une identité littéraire très marquée. Mais que je vous rassure, de la plume de haut vol oui, mais aussi beaucoup d’humour et ce même lorsqu’il traite de sujets délicats et/ou difficiles. Rien de pompeux, que du plaisir…

Puisque j’en suis à l’humour, je tiens à remercier Nicolas pour le vibrant hommage qu’il rend à Lara Fabian dans ce roman (ben oui il va falloir le lire pour comprendre maintenant) mais aussi pour le fou rire que j’ai eu du mal à retenir à l’évocation de l’écriture inclusive (dont il nous fait une démonstration mémorable).

Mais attention, Dans la brume écarlate est tout sauf une comédie policière. L’humour est un des traits de personnalité de la plume de l’auteur mais aussi un moyen de faire retomber la tension sur des sujets difficiles. Et des sujets difficiles il y en a dans ce roman qui, au final est une oeuvre très sombre. Nicolas parle des violences faîtes aux femmes, des femmes premières victimes des conflits armés. Il nous fait part de ses réflexions sur les évolutions de la société. Il évoque les migrants, les extrêmes… Des sujets divers mais qui se rejoignent sur un aspect principal. Sous couvert de ce roman, j’ai eu le sentiment que Nicolas voulait rendre hommage aux Femmes. Attirer l’attention de son lecteur. Dans la brume écarlate est, à mon sens, un roman féministe. Pas féministe dans le sens où beaucoup l’entendent, à tort, aujourd’hui. Dans le sens où il place la Femme au centre de son intrigue. Parce qu’il dénonce les inégalités, parce qu’il dénonce les violences subies, parce qu’il leur rend hommage.

Je ne vous parlerai pas du Vampire qui hante Paris, de la Roumanie qui, vous le découvrirez, tient également une grande place dans ce roman. Il ne faudrait pas que je vous en révèle trop… Toutefois, je pense que vous apprécierez certains clins d’œils au mythique Dracula…

À noter également une construction très originale du roman. Si la base est celle d’un roman choral, il y a des aspects inédits que je ne peux que vous inviter à découvrir par vous même.

Enfin l’intrigue est envoûtante. La brume, omniprésente, renforce le côté mystérieux de cette enquête à la saveur particulière, métallique…

Dans la brume écarlate est un énorme coup de cœur, et ils sont rares en ce début d’année. Nicolas Lebel est un génie, et n’y voyez là aucune fayoterie de ma part, mais bien la reconnaissance d’une plume qui mérite d’être davantage mise en avant. S’il existe de très bons thrillers, polars et romans noirs tout comme il existe de belles plumes dans ce genre, Nicolas Lebel est toutefois plus qu’un auteur pour moi. Il est un écrivain.

Dans la brume écarlate de Nicolas Lebel, paru le 27 mars 2019 chez Marabout, collection Black Lab.

6 Replies to “Dans la brume écarlate de Nicolas Lebel”

    1. J’ai beaucoup moins aimé le premier. Il y a des petits trucs qui m’ont un peu chagrinée et surtout je déteste le Merlicht du premier… trop de mauvais souvenirs lol.
      Mais alors ce cinquième… un petit bijou du genre!

Répondre à prvst Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.