AURORE ou la gueule du loup… de Marie Vindy et Aurore Boudet

En France, un viol est commis toutes les sept minutes. Chiffre que l’on peut ramener à un toutes les trois ou quatre minutes quand on y inclut les mineurs. Dans 80% des cas, la victime connait son agresseur. Mais tout ça, ce sont des chiffres, le silence qui entoure ces affaires est général, tant celui imposé aux victimes que la réaction sociale de préférer détourner le regard. Ne pas savoir, c’est bien plus confortable.

Chronique d’une parole libérée

Aurore a aujourd’hui 28 ans. C’est une jeune femme active, mère de deux enfants. Mais au fond d’elle se terre un terrible secret. Un secret qui a gâché vingt ans de sa vie. Un secret qui l’a empêché de se construire sereinement. Un secret qui a biaisé son rapport aux autres. Mais Aurore ne veut plus se taire. Aurore veut se battre, être reconnue en tant que victime. Se reconstruire. Aurore ne veut pas que celui qui lui a volé son enfance, alors qu’elle était âgée de neuf ans, finisse sa vie sans payer pour ses crimes, sans payer pour lui avoir pris une partie de sa vie. Ce récit, co-écrit avec Marie Vindy, est l’histoire de son combat…

Cette chronique n’est pas une chronique comme les autres et j’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à la rédiger…

J’ai exercé pendant un peu plus de trois ans en brigade des mineurs, et malheureusement, j’ai vu passer plein de petites « Aurore ». Des « Aurore » enfants, des « Aurores » adultes… Des victimes. Cette lecture m’a rappelé tant de choses… Elle m’a rappelé le nombre de fois où j’ai pleuré en rentrant chez moi, incapable de prioriser la douleur de ces enfants et de ces adultes. Une centaine de dossiers par enquêteurs et le sentiment de ne pas être à la hauteur. Alors certes ici, il ne s’agit ni de mon histoire, ni de celle des policiers en brigade de protection de la famille ou aux mineurs, mais cette difficulté je l’ai évoqué avec Aurore lors de notre rencontre, et je souhaitais la partager avec vous.

Le récit est scindé en deux parties. La première est une sorte de préface au récit d’Aurore. Marie Vindy y explique leur rencontre, les raisons qui l’ont amenée à cette collaboration. Elle fait également des apports législatifs, décrit son combat auprès des femmes victimes de violences sous toutes leurs formes, nous donne son regard sur la société et le traitement judiciaire de ces affaires trop nombreuses, et souvent mal gérées. Une partie essentielle qui, de mon point de vue est un peu longue, mais un sentiment qui est en lien avec mon expérience.

Vient ensuite le récit d’Aurore. Ce qu’elle a subi, l’impact psychologique du vol de son enfance. Pas de description détaillée des faits, juste ce qu’il faut pour prendre toute la mesure de cet acte ignoble. Aurore nous raconte la peur qui, depuis ce jour, ne l’a jamais quittée. Cette peur qui l’habite et qui ne la quittera plus jusqu’au jour où, enfin, la justice la reconnaîtra en tant que victime et que son bourreau sera condamné.

Elle nous raconte aussi l’amour naissant après son enfance assassinée, l’annihilation de toute confiance envers les autres y compris envers l’homme qui deviendra son pilier, le père de ses enfants: Yannick. Son mari à qui je veux dire ici à quel point il a été admirable aux côtés de sa douce.

Aurore nous raconte son combat, sans filtre. Nous explique le poids de la culpabilité et du silence qu’il lui a été imposé. La difficulté de libérer une parole bridée pendant tant d’années.

Un récit puissant, bouleversant à plus d’un titre. Sans filtre mais pas sans une certaine pudeur. Un récit pour faire savoir, un récit pour se libérer et enfin avancer…

Ma chère Aurore, de notre rencontre je garde au fond du cœur notre discussion mais aussi et surtout ton sourire. Celui d’une jeune femme enfin libérée…

Aurore ou la gueule du Loup, paru le 14 mars 2019 aux éditions French Pulp.

5 Replies to “AURORE ou la gueule du loup… de Marie Vindy et Aurore Boudet”

  1. Il est dans ma PAL
    Tu m’a donné envie de le faire remonter
    Ayant dans mon entourage quelqu’un qui a vécu tout ca, je pense que je ne ressortirais pas indemne de cette lecture…..
    Bisous copine

    1. Dans tous les cas on n’en sort pas indemne… et effectivement plus encore quand on a, dans son entourage, des proches qui ont été victimes de faits similaires.
      Tu me donneras ton sentiment quand tu l’auras lu.
      Je t’embrasse.

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