Je me suis tue de Mathieu Ménégaux


« Je pleurais quand Antoine est rentré, incapable de faire quoi que ce soit. Désarmée, une petite fille qui attendait son papa, je ne savais plus penser ni réfléchir, j’étais la femelle éléphant, prostrée sur la dépouille de son petit tué pendant la nuit par une horde de lionnes et je n’arrivais pas à me résoudre à lui dire adieu, j’étais la femme africaine qui pleure son nouveau-né mort de faim, j’étais la veuve palestinienne qui s’arrache les cheveux et hurle à la mort devant la dépouille de son fils victime de la guerre, j’étais tout le malheur du monde. »

Chronique d’un roman bouleversant

Avec ce roman, premier de l’auteur, je découvre un Mathieu Ménégaux funambule qui prend tous les risques et marche sur un fil sans jamais tomber dans le pathos ou la caricature.

Je me suis tue c’est l’histoire de Claire, parisienne bourgeoise, qui s’ennuyant à un dîner mondain, décide de rentrer seule tandis que son cher et tendre Antoine poursuit la soirée avec son ami et collaborateur. Une décision qui va changer sa vie.
D’abord victime puis criminelle, Claire se mure dans le silence. Peu importe ce qu’ils pensent, elle seule connaît la vérité.  Mais à la veille de son jugement, elle sort de son mutisme…

« Avec moi sont enfermées une centaine de prévenues, mais je suis seule. Très seule. Cette solitude si dure, si rude, qu’on peut la toucher. Seule et folle. Qui pour me comprendre? Personne. Qui pour me pardonner? Personne. Qui pour me juger? Toutes et tous. »

Je me suis tue est un roman écrit par un homme, racontant l’histoire d’une femme en employant la première personne du singulier. L’exercice n’est déjà pas simple, mais quand, de surcroît, l’auteur choisit de traiter de thèmes si difficiles, ça devient un tour de force d’autant que Mathieu décrit une palette d’émotions typiquement féminines avec brio. Tout est juste, ni trop peu, ni exagéré, la lecture touche, la lecture bouleverse. Que l’on soit femme ou homme, mère ou père, ce roman ne peut que toucher et interpeller… A leur place, celle de Claire et Antoine, qu’auriez-vous fait?

Au delà de l’histoire qui ne peut laisser indifférent, Mathieu pose aussi des questions: la question des choix, la question des limites de l’amour, la question du traumatisme, la question de la virilité masculine.
Il évoque aussi le rapport de son personnage à la musique, peut-être est-ce la part de Mathieu dans Claire? 
 » Les chansons ne m’ont jamais déçue ni trahie. Combien de fois ai-je écouté ou fredonner ce que je n’arrivais pas à formuler? Elles m’ont toujours accompagnée et c’est peut-être grâce aux chansons que la solitude m’a été moins pesante. »

Véritable tragédie moderne, Je me suis tue est un roman court qui vous hantera longtemps.

Je me suis tue de Mathieu Ménégaux, paru le 12 janvier 2017 aux éditions Points

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